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Le Groenland, nouveau centre de gravité géopolitique ? Grands Espaces décrypte un territoire sous tension


Face au retour du Groenland au cœur des tensions internationales, Grands Espaces, spécialiste français des expéditions polaires depuis plus de 25 ans, affirme sa volonté de contribuer à une meilleure compréhension des grandes mutations à l’œuvre dans l’Arctique.

Habituée à explorer ces territoires aux côtés de scientifiques, naturalistes et spécialistes du terrain, la compagnie observe depuis plusieurs années une profonde transformation environnementale, économique et désormais stratégique.


C’est dans cette logique de transmission et de pédagogie que Grands Espaces a organisé, ce 5 février, un webinaire sur le thème : « Danemark, Europe, Trump et indépendance : que veulent les Groenlandais ? »


Autour de Christian Kempf, explorateur et fondateur de Grands Espaces, la conférence a réuni plusieurs experts du Groenland ainsi qu’un acteur politique directement concerné par les enjeux actuels : Vittus Qujaukitsoq, ancien ministre des Finances et des Affaires étrangères du Groenland (2014–2017) et fondateur du parti indépendantiste Nunatta Qitornai.


Le Groenland, nouvel épicentre des équilibres internationaux


Longtemps perçu comme une frontière lointaine, l’Arctique s’impose désormais comme un espace stratégique majeur, à mesure que le réchauffement climatique redessine les rapports de puissance.

Christian Kempf, explorateur et fondateur de Grands Espaces, en rappelle l’ampleur : « L’Arctique représente 23 millions de km², dont 7 à 15 millions de glace. La zone se réchauffe de +2 à +4°C en 30 ans, bien plus vite qu’ailleurs. ». 

Cette mutation rapide entraîne des conséquences structurantes pour l’économie mondiale et la stabilité géopolitique :

  1. L’ouverture de nouvelles routes maritimes

Les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est se dégagent progressivement, réduisant d’environ 7 000 km la distance entre Rotterdam et Tokyo et rebattant les cartes du commerce international.

  1. L’accès à des ressources énergétiques majeures

La fonte des glaces pourrait rendre accessibles près de 13 % des ressources mondiales de pétrole et 30 % de gaz, intensifiant les rivalités entre puissances.

  1. Une pression croissante sur les écosystèmes

Possédant parmi les océans les plus riches de la planète, ces zones font face à un risque accru de surexploitation, notamment halieutique.

« L’Arctique, longtemps pays d’ours et d’explorateurs, devient une nouvelle frontière où les militaires occupent le terrain pour que l’économie des pays puisse se développer. » analyse Christian Kempf.


Le Groenland occupe une position stratégique singulière. Situé entre l’Amérique du Nord et la Russie, il se trouve notamment sur la route aérienne la plus courte reliant Moscou à Los Angeles, illustrant son rôle clé dans les équilibres militaires et logistiques. Cette centralité explique l’intérêt constant des États-Unis pour le territoire. Washington allant jusqu’à proposer son rachat au Danemark après la Seconde Guerre mondiale.

Plus récemment, les déclarations de Donald Trump ont ravivé les débats autour de la souveraineté et de l’avenir politique de l’île. Preuve que, loin d’être un territoire périphérique, le Groenland s’impose désormais comme l’un des points de tension majeurs du XXIᵉ siècle.


Une histoire marquée par les rivalités de puissance


Pour comprendre les tensions actuelles, il faut replacer le Groenland dans une trajectoire politique longue :

  • En 1941, un accord autorise la construction de bases américaines afin de contrer l’Allemagne nazie.  

  • L’accord de défense de 1951, dans le cadre de l’OTAN, pérennise cette présence stratégique.  

  • Après plus de deux siècles de colonisation, le territoire devient une partie intégrante du Royaume du Danemark en 1953.  

  • L’autonomie interne est instaurée en 1979 puis élargie en 2009, ouvrant la voie à une possible indépendance et au contrôle des ressources naturelles.


Une identité forte face aux convoitises internationales


Anthropologue et spécialiste du Groenland, Christiane Drieux, également guide pour Grands Espaces, rappelle que l’identité groenlandaise s’est construite au fil de migrations successives venues de l’Ouest avec les peuples inuit, puis de l’Est avec les Vikings et les Danois.


Au cœur de cette histoire, une relation singulière au territoire : « Être groenlandais, c’est appartenir à une terre plutôt que de la posséder. » Une vision fondée sur l’adaptation à l’environnement, qui éclaire aujourd’hui la manière dont les Groenlandais appréhendent les pressions internationales.


François Leloustre, spécialiste du territoire, souligne quant à lui la position hautement stratégique de l’île, située entre l’Amérique du Nord et la Russie. Dans ce contexte, l’affirmation identitaire se fait plus forte, comme en témoigne ce message porté lors de manifestations à Nuuk, la capitale : « Nous ne voulons pas être américains, nous ne voulons pas être danois, nous voulons être Groenlandais. »  


« Nous ne sommes pas à vendre » : la voix politique groenlandaise


Invité d’honneur du webinaire, Vittus Qujaukitsoq, ancien ministre des Finances et des Affaires étrangères du Groenland entre 2014 et 2017, s’est imposé comme l’un des observateurs les plus directs des tensions actuelles. Figure du mouvement indépendantiste et fondateur du parti Nunatta Qitornai, il défend depuis plusieurs années la capacité du territoire à définir seul sa trajectoire économique et stratégique.

Face aux convoitises internationales, il a fermement rejeté l’idée que le Groenland puisse devenir une monnaie d’échange. Selon lui, l’île dispose des ressources nécessaires pour envisager une autonomie économique durable, notamment grâce à la pêche et aux richesses de son sous-sol. 


Il insiste également sur la nécessité pour le Groenland de reprendre la maîtrise des décisions qui engagent son avenir : « Les Groenlandais veulent pouvoir dire où des bases militaires étrangères peuvent s’établir et non qu’on leur impose. »

Une position qui traduit une aspiration croissante : celle d’un territoire déterminé à peser dans les choix géopolitiques qui le concernent.


Quelles perspectives pour le Groenland ?


Au-delà des tensions immédiates, le Groenland apparaît aujourd’hui comme l’un des territoires où se dessinent les rapports de force de demain. Accélération climatique, recomposition des routes commerciales, compétition pour les ressources et affirmation des souverainetés locales : autant de dynamiques qui dépassent largement les frontières de l’Arctique.


Pour Vittus Qujaukitsoq, l’enjeu est clair : permettre aux Groenlandais de maîtriser un destin longtemps façonné par des influences extérieures.

Mais la question groenlandaise interroge plus largement la capacité des puissances mondiales à repenser leurs stratégies dans un espace en mutation rapide où se croisent intérêts économiques, impératifs environnementaux et aspirations politiques.

Dans cet environnement incertain, une réalité s’impose : longtemps perçu comme périphérique, le Groenland pourrait devenir l’un des centres névralgiques des équilibres géopolitiques du XXIᵉ siècle.


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